27
octobre 2020

Palmarès 2020 : jeunes urbanistes engagés

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Le jury du Palmarès des jeunes urbanistes, réuni le 12 juin, a choisi 6 lauréats sur les 61 candidatures reçues : Altitude 35, Bellastock, FCML, Le Sens de la ville, Sophie Ricard, Yes We Camp.

"Ce palmarès traduit la diversité des profils des jeunes professionnels de la sphère de l’urbanisme, souvent constitués en équipes ou collectifs", commente le ministère délégué au Logement, organisateur du Palmarès via la Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN). "Ainsi, les professionnels issus de l’architecture ou du paysage (FCML, Altitude 35) voisinent avec des collectifs déjà ancrés dans le paysage professionnel français (Bellastock, Yes We Camp). Des représentants de la stratégie urbaine et de l’ingénierie de projet (Le Sens de la Ville) ou de la permanence architecturale et urbaine et de la programmation ouverte (Sophie Ricard) complètent la promotion". Il observe encore que "toutes les formes d’intervention qu’ils proposent sont en lien avec la préservation des sols, l’urgence climatique et la création de biens communs. Ces professionnels confirment que les approches paysagères, écologiques, culturelles et sociales sont aujourd’hui au cœur de leur pratique et qu’elles constituent le champ large de l’urbanisme".

Altitude 35 a été fondé en 2017 par Clara Lokkal, paysagiste, et Benoît Barnoud, paysagiste et architecte, qui ont choisi pour nom l’altitude de leur atelier sur le canal Saint-Denis. Ils ont construit leur approche notamment grâce au concours Europan et au dispositif de l’Atelier des territoires. Ils conçoivent le projet comme une possible réconciliation des géographies physiques et humaines, un pied dans la recherche, l’autre dans l’action, faisant de l’observation et de l’expérimentation les préalables indépassables à tout passage à l’acte, tentant de cerner l’apport du paysage à la fabrique urbaine. La transformation des territoires "composites" tel que le campus de la Bouloie, à Besançon, est au cœur de leur démarche.

Le collectif Bellastock, apparu en 2006, monté en association en 2010, finalement constitué en 2019 en Société coopérative d’intérêt collectif (Scic), s’est affirmé comme une référence en matière de réemploi de matériaux et d’urbanisme de transition, en alliant recherche, formation et projets pédagogiques. Connu pour ses workshops-évènements, Bellastock a construit une expertise et une méthode de projet stimulant les pratiques émergentes et a su sensibiliser des collectivités territoriales à la question du métabolisme urbain. A la demande du ministère de la Culture et en lien avec les écoles d’architecture d’Île-de-France, Bellastok porte un CAAP (Cluster Art, Architecture, Paysage, Patrimoine), atelier d’expérimentation à l’échelle 1:1 à Evry-Courcouronnes (91).

FCML, fondé en 2017, regroupe deux architectes bordelais, Mathilde Luguet et Florian Camani. Leur cheval de bataille : redonner des qualités aux tissus diffus existants pour les adapter aux enjeux contemporains et à l’urgence écologique. Le déjà-là est, dans leur pratique, un vecteur de singularité qui leur permet d’explorer les "territoires de marges" avec une économie de moyens revendiquée et un souci constant de préservation des ressources. L’immersion dans les réalités des territoires via des résidences est venue enrichir leur méthode de compréhension des lieux. Oscillant entre projet (notamment à la suite d’un Europan, dont ils ont été lauréats à Angers) et recherche (arpentage dans les tissus pavillonnaires nord-américains), l’équipe a installé une résidence d’architectes à Saint-Marcellin (38) pour explorer les mécanismes de transformation de l’habitat vacant et l’évolution du patrimoine ordinaire en territoire rural, tout en abordant les leviers culturels et les verrous institutionnels.

Le Sens de la Ville (Fanny Rahmouni, Sonia Dinh, Flore Trautmann, Vincent Josso, Daphné Lecointre et Lucille Gréco) est une équipe issue de la géographie, des sciences politiques et de l’architecture, constituée en Scop à partir de 2016. Se penchant sur les stratégies urbaines (notamment en matière d’urbanisme transitoire) et sur la mise en usage de nouveaux quartiers (notamment sur l’île de Nantes pour la Samoa), cette équipe d’urbanistes évolue entre conseil, programmation, ingénierie de projet et participation des habitants. Elle s’est également lancée dans le projet de foncière solidaire "Base Commune" (avec Plateau Urbain) doublé d’un blog baptisé "rez-de-chausseur", afin de se donner les moyens de passer à l’acte sur un sujet complexe : l’activation des rez-de-chaussée pensés avec une communauté de quartier. Sur l’île de Nantes, l’équipe propose notamment de mettre en débat la mise en usage des quartiers neufs et la capacité des aménageurs à revenir sur l’ouvrage, plaçant l’évaluation des projets urbains récents au cœur d’une discussion regroupant l’ensemble des acteurs de la chaîne de production de la ville.

Sophie Ricard, "architecte-urbaniste-AMO", est également enseignante (Ensa Bretagne) et engagée dans la Preuve par 7 initiée par Patrick Bouchain pour explorer la notion de programmation ouverte. Dans les années 2000, aux côtés de Patrick Bouchain et de l’agence Construire, elle a mené des expériences fondatrices de réhabilitation de quartiers en vivant sur les lieux des projets avec les habitants (Boulogne-sur-Mer et Tourcoing). "Sophie Ricard trace ainsi une voie à la fois personnelle et inspirante pour sa génération, montrant une manière inédite de pratiquer le projet architectural et urbain", souligne le jury. S’autoriser à expérimenter sur le long terme tout en accueillant l’immédiateté des besoins sociétaux, pratiquer des "études de faisabilité en actes", construire des ateliers publics d’urbanisme au cœur des quartiers en mutation tout en questionnant la norme et les dispositifs habituels d’action sont parmi ses valeurs cardinales. Voulant faire de la permanence architecturale et urbaine un outil au service des populations des territoires les plus fragiles, elle se démarque d’un urbanisme transitoire devenu classique.

Le collectif Yes We Camp, actif depuis 2012, est devenu une référence pour les acteurs de l’urbanisme transitoire, Il regroupe 87 collaborateurs permanents orientés par un conseil d’administration collégial composé de 15 membres, dont 8 d’entre eux ont porté la candidature à ce palmarès. Entre architecture, art, urbanisme, paysage, construction, coordination, direction technique, cuisine, programmation culturelle, bar, régie de site, communication, agriculture urbaine, conception, formation et accompagnement, ce collectif-association aborde toutes les facettes de la vie urbaine. Par l’utilisation des ressources spatiales disponibles dans les métropoles, Yes We Camp ambitionne, sur le plan du projet urbain, de contribuer à la construction de villes européennes capables de confiance, accueillantes et fabricantes d’altérité, fertiles en productions locales de services et de biens. Leur méthode d’investissement de sites disponibles sur une durée limitée suit une approche contextuelle qui mobilise une pluridisciplinarité posée en condition du projet, tout comme le travail collectif et les partenariats.

Les lauréats recevront leur diplôme à la fin de l’année, lors de la cérémonie du Grand prix de l’urbanisme, remis à Jacqueline Osty.

Par ailleurs, cette année, le Palmarès ambitionne de devenir "un espace-temps de débat sur les territoires". A l’automne prochain, les lauréats organiseront avec l’appui de la DGALN, des rencontres sur leurs terrains d’action et avec les acteurs locaux. Objectif : se pencher sur les réalités territoriales qu’ils accompagnent, et mettre en évidence les "leviers astucieux que souvent ils co-élaborent localement pour remédier aux angles morts conceptuels mais surtout opérationnels", en matière de qualité des espaces publics, notamment dans les grands ensembles et les périphéries, de reconversion de friches, d’émergence de projets dans le périurbain…

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